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Des centaines d'enfants victimes d'abus sexuels de membres d'ONG

Des centaines d'enfants victimes d'abus sexuels de membres d'ONG

Par Marc Vignaud

Des centaines d'enfants victimes d'abus sexuels de membres d'ONG

Enfants birmans ayant survécu au passage du cyclone Nargis (Birmanie) et recueillis par l'UNICEF. Ils sont des proies potentielles pour certains trafics dénoncés par le rapport de Save the Children. Le 18 mai 2008 © UNICEF / AP/SIPA

Save the Children lève le voile sur l'horreur. Selon une étude de la branche britannique de l'ONG internationale, des centaines d'enfants, parfois âgés de six ans seulement, se voient proposer de vendre des faveurs sexuelles contre de la nourriture, du savon ou - beaucoup plus rarement - des téléphones portables à des membres d'organisations non gouvernementales et des soldats de la paix.

"Elle suggère que d'importants niveaux d'abus continuent à être perpétrés contre des filles et des garçons dans des situations d'urgence et que, dans la plupart des cas, ils ne sont pas signalés. Au nombre des victimes, on compte des orphelins, des enfants séparés de leurs parents et de leurs familles et des enfants dont les familles dépendent de l'aide humanitaire", détaille Save the Children.

"Nous réalisons combien il est difficile d'éradiquer ce problème"

Par ce rapport intitulé Aucun recours (lire l'étude) , l'ONG veut permettre aux autorités de combattre ce genre de pratiques qui sont bien connues depuis 2002 et la publication d'un rapport conjoint du HCR (Haut commisariat aux réfugiés) et de Save the Children sur le sujet : "son but est d'apporter de nouvelles preuves qui pourront être utilisées lors de discussions par les législateurs".

Car trop souvent, "les enfants et leurs familles se taisent par crainte d'être montrés du doigt, par peur, ignorance et impuissance. De plus, il semble que sur le terrain, les agences internationales ne soient pas encore perçues comme répondant efficacement aux allégations. Par conséquent, les victimes et d'autres ne voient pas l'utilité de dénoncer les abus. Ces deux facteurs combinés représentent un obstacle majeur à l'élimination de ce problème", détaille l'enquête de 40 pages.

Ces pratiques sont tellement délicates à identifier et à combattre que Save the Children s'interroge sur sa capacité à les éliminer au sein de sa propre structure : "La rédaction de ce rapport a été en grande partie motivée par le fait que nous réalisons combien il est difficile d'éradiquer ce problème dans notre propre organisation".

Réalisé à partir d'entretiens de groupes, de recherches documentaires, sur un groupe représentatif d'ONG et d'un travail de terrain en Haïti, en Côte d'Ivoire et au sud du Soudan, l'enquête de l'ONG met en avant des témoignages comme celui d'une jeune fille de 15 ans en Haïti citée par Save the Children : "Un soir, je me promenais avec mes amies pas loin du Palais national et nous avons rencontré deux travailleurs humanitaires. Ils nous ont appelées et ils nous ont montré leurs pénis. Ils nous ont proposé 100 gourdes haïtiennes (2,80 dollars américains) et du chocolat si nous acceptions de leur faire une fellation".

"Les auteurs d'abus sexuels se cachent dans tous les types d'organisations"

Bien qu'il soit difficile de connaître l'ampleur du mal, l'ONG estime que ces abus sexuels d'enfants ne sont pas des actes isolés, en particulier dans les zones en situation d'urgence humanitaire, et relève que très peu d'organisations tiennent un registre des plaintes déposées contre un de leurs membres. Les chiffres officiels sous-estimeraient largement le phénomène. Selon Jasmine Whitbread, la directrice générale pour le Royaume-Uni de Save the Children, "les auteurs d'abus sexuels sur les enfants se cachent dans tous les types d'organisations internationales, humanitaires, de sécurité et de maintien de la paix et à tous les étages de la hiérarchie, au sein des employés locaux mais aussi internationaux."

"Ces dernières années, l'Onu, la communauté internationale ainsi que les agences humanitaires se sont engagées à s'attaquer au problème mais, même si ces engagements sont bien accueillis, dans la plupart des cas, les déclarations de principe et les bonnes intentions doivent encore se concrétiser par une action internationale décisive et concertée", note Jasmine Whitbread.

La "vaste majorité" des travailleurs humanitaires ne sont "bien entendu" pas impliqués dans des sévices sexuels ou l'exploitation d'enfants. "Cependant, l'ensemble des agences humanitaires ou de maintien de la paix travaillant dans les situations d'urgence, dont Save the Children Royaume-Uni, doivent reconnaître qu'elles sont vulnérables et prendre le problème à bras-le-corps", conclut la directrice.
 

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